La Bisontine – Mouvements et montres de Besançon

Besançon, capitale de la Franche-Comté, était autrefois le centre de l’industrie horlogère française. La première manufacture de montres à Besançon a été fondée dès 1793 par des horlogers venus de Suisse. Vers 1880, 90% des montres fabriquées en France provenaient de Besançon ! Entre 1883 et 1914, le nombre d’entreprises horlogères de la ville a augmenté de 105 pour atteindre un total de 348.

La Bisontine, échappement à ancre, 18 3/4´´´

Si vous cherchez plus d’informations sur l’industrie horlogère à Besançon, vous les trouverez ici.

Un peu d’histoire

Le 27.11.1890, les trois industriels Alfred Rannaz, Julien Félix et Irénée Jaillon fondent la Société anonyme d’horlogerie de Besançon. Une quarantaine d’actionnaires dotent la société d’un capital de 700.000 francs français, ce qui est une somme très importante à l’époque.

Foundation de la Société anonyme d’horlogerie de Besançon [Source: Horlogeries – Le temps de L’histoire]
La société a construit une nouvelle usine sur un terrain de 11 000 mètres carrés au 25 rue Gambetta à Besançon, et la production y a commencé en mai 1892. L’image suivante montre une carte postale datant d’environ 1900 :

Rue Gambetta, probablement vers 1900 [Source: culture.besancon.fr]
25 Rue Gambetta is the large corner house on the right of the picture. In the enlargement of the sign above the door, one can read with a little imagination:

Le 25 rue Gambetta est la grande maison d’angle à droite de la photo. Dans l’agrandissement de l’enseigne au-dessus de la porte, on peut lire avec un peu d’imagination :

25 Rue Gambetta 25 – Panneau au-dessus de la porte

LA BISONTINE
MANUFACTURE…
H. GRUET ET BIL…

Au fil des ans, La Bisontine a été ajoutée au nom de l’entreprise, comme le montre la carte postale suivante datant de 1898 :

Carte postale La Bisontine [Source: culture.besancon.fr]
Au fait, la Bisontine ou le Bisontin sont les termes qui désignent les habitants féminins ou masculins de Besançon !

L’inscription sur la plaque de porte indique que la photo date d’une époque où les fondateurs avaient déjà transmis l’entreprise à Gruet et Billiotte. Le papier à en-tête de 1906 dans l’image suivante le prouve.

Papier à en-tête de La Bisontine de 1906 [Source: forumamontres.forumactif.com]
Malheureusement, je n’ai pas pu trouver la raison pour laquelle les fondateurs ont abandonné la société. En termes de temps, cela s’est peut-être passé en 1902, en tout cas Gruet et Billiotte ont fondé une société commune en 1902. L’un des fondateurs de la Société anonyme d’horlogerie de Besançon, Alfred Rannaz, était déjà décédé en 1900.

La section de l’image de la rue Gambetta présentée ci-dessus ressemble à ceci quelque 120 ans plus tard, vous pouvez donc reconnaître la rue :

25 rue Gambetta aujourd’hui (maison d’angle à droite)

Les documents sur La Bisontine que l’on peut trouver en ligne sont malheureusement très rares, de sorte que je ne peux que brosser un tableau peu reluisant de l’entreprise. Voyons donc quelles autres informations sont disponibles.

As early as 16.05.1893, the Société anonyme d’horlogerie de Besançon registered a sitting dog on a pedestal with the inscription Besançon as a trademark in Germany:

Dès le 16.05.1893, la Société anonyme d’horlogerie de Besançon a enregistré comme marque en Allemagne un chien assis sur un piédestal avec l’inscription Besançon :

Enregistrement d’une marque en Allemagne

On retrouve également cette marque comme poinçon sur les mouvements de La Bisontine, bien que peu reconnaissable :

On 27.11.1893, the registration of a patent 234335 in France, issued for 15 years, is documented, which concerns a « new watch system with winding« .

Le 27.11.1893, l’enregistrement d’un brevet 234335 en France, délivré pour 15 ans, est documenté, qui concerne un « système de montre nouvelle à remontoir« .

Extrait du brevet FR234335 [Source: archives Institut national de la propriété industrielle (INPI)]
En substance, le brevet concerne le mouvement et le boîtier formant une seule unité. Le mouvement présenté dans le brevet semble être un échappement à ancre goupille. Dans l’ensemble, cependant, l’image ne présente aucune similitude avec les mouvements que nous verrons plus loin ! L’office français des brevets m’a confirmé qu’il s’agit du seul brevet de cette société.

Ce brevet indique que l’entreprise a très tôt fabriqué ses propres mouvements. Ceci est également confirmé par le document publié en 1893 à l’occasion de l’exposition célébrant le centenaire de l’horlogerie à Besançon :

[Source: Ville de Besançon: 1793-1893 Exposition du centenaire de l’horlogerie, 1893]
Toujours en 1893, l’Association française pour l’avancement des sciences rapporte que la Société anonyme d’horlogerie de Besançon dispose de plus de 200 machines-outils, dont la plupart ont été développées par ses soins, et de 400 employés qui ont déjà produit 25 000 montres au cours du premier exercice. Elle dispose également de succursales de vente à Paris, Bruxelles et Chicago. La succursale de Chigaco résulte probablement de sa participation à l’Exposition universelle de Chicago en 1893.

Concours d’observation et expositions universelles

La Société anonyme d’horlogerie de Besançon a dû connaître un certain succès en termes de qualité. Elle a remporté une médaille d’or au concours des chronomètres de l’Observatoire de Besançon dès 1900 et le prix des cinq meilleurs mouvements au total en 1902.

Concours de chronomètre Besançon. Médaille d’or 1900.
L’Observatoire de Besançon aujourd’hui [Source: Wikimedia]
Concours de chronomètres Besançon. Cinq meilleurs chronomètres au total 1902

La société a également remporté un Grand Prix à l’exposition de Paris de 1900, comme le montre la publicité suivante datant de 1905 :

Publicité de La Bisontine 1905 [Source: La France Horlogère 1905]
En 1905, La Bisontine est donc déjà définitivement en possession de Gruet et Billiotte. Avec l’en-tête de 1906 déjà présenté ci-dessus, la trace de La Bisontine est perdue. Dans un document disponible en ligne appelé TRIBUNAL DE COMMERCE DE BESANCON, il y a une indication que la société de Gruet et Billiotte a existé jusqu’en 1906. Je n’ai pas encore réussi à savoir ce qu’elle est devenue par la suite.

LES MOUVEMENTS DE LA MONTRE

Il est maintenant temps de regarder enfin de plus près les mouvements de La Bisontine !

Mouvement type 1 : Échappement à cylindre, remontage à clé

Le premier mouvement provient de cette montre de poche d’un diamètre de 41,5 mm, qui date probablement des débuts de La Bisontine, c’est-à-dire vers 1892 :

Il s’agit d’un mouvement à cylindre à remontage à clé avec 10 rubis et un diamètre de 15 1/4´´´ (lignes françaises).

La Bisontine type 1, échappement à cylindre, 15 1/4´´´, remontage à clé, 10 rubis

Outre le mouvement, cette montre de poche contient deux autres détails intéressants. Tout d’abord, une référence sur la couverture intérieure de la poussière à la personne qui a probablement vendu la montre, à savoir Poncet Bonnamy À ALAIS. Deuxièmement, une dédicace sur l’intérieur du couvercle extérieur, qui a certainement été ajoutée après l’achat. À côté du nom Frès Augustin, on trouve une fleur, une personne et une tête de cheval :

Mouvement type 2: Échappement à cylindre, remontage à tige avec poussoir

Le second mouvement se trouve dans cette petite montre de poche pour dames, dont le diamètre n’est que de 31 mm. Elle est probablement plus jeune de quelques années que la première montre présentée et date d’environ 1900.

Le mouvement possède également un échappement à cylindre, mais il est déjà doté d’un système de remontage à tige plus moderne avec un poussoir pour le réglage des aiguilles. Ce mouvement possède également 10 rubis. Son diamètre est de 12´´´ (27,4 mm), ce qui le rend à peine deux millimètres plus grand qu’une pièce de 2 euros.

La Bisontine type 2, échappement à cylindre, 12´´´, remontage à tige avec poussoir, 10 rubis

Les deux montres de poche ont des boîtiers en argent fabriqués par la Société générale des monteurs de boîtes. Les couvercles des montres sont donc poinçonnés de SG et d’une clé dans un diamant :

Le mouvement de type 2 existe également un peu plus grand, avec un diamètre de 16´´´, et ce dans la variante Lépine, c’est-à-dire avec une petite seconde à 6 heures.

La Bisontine type 2, échappement à cylindre, 16´´´, Lépine, remontage à tige avec poussoir, 10 rubis
Mouvement type 3: Échappement à ancre, remontage par tige avec poussoir ou levier

Ce mouvement est déjà photographié en haut de cet article. Malheureusement, il m’est arrivé sans boîte.

La Bisontine type 3, échappement à ancre, 18 3/4´´´, Lépine, remontage par tige avec poussoir, 15 rubis

Le mouvement a un diamètre de 18 3/4´´´ et un échappement à ancre suisse moderne avec remontage par couronne et poussoir. Il possède 15 rubis, un balancier bimétallique à vis avec spirale Breguet et une petite trotteuse. La seconde est dans l’axe de la tige de remontoir, il s’agit donc d’un mouvement Lépine.

Il existe également une version savonnette du type 3, dans laquelle la petite seconde est placée à 90 degrés par rapport à la tige de remontoir. Ici, avec 19 3/4´´´ et un levier au lieu d’un poussoir pour le réglage des aiguilles.

La Bisontine type 3, échappement à ancre, 19 3/4´´´, Savonnette, remontage par tige avec levier, 15 rubis

Et un petit mouvement de seulement 12 »’ de type 3 existe aussi pour les montres de poche pour dames, ici dans la variante Lépine :

La Bisontine type 3, échappement à ancre, 12´´´, Lépine, remontage par tige avec poussoir, 15 rubis

Sur ce petit mouvement, le barillet a même un mécanisme d’arrêtage à croix de Malte :

Mouvement type 4: Échappement à cylindre, remontage à tige avec poussoir

Ce mouvement provient également d’une montre de poche pour dame et a un diamètre de seulement 11´´´ (24,8 mm).

La Bisontine type 4, échappement à cylindre, 11´´´, remontage à tige avec poussoir, 10 rubis

Il possède un échappement à cylindre, 10 rubis et un remontage à tige avec un poussoir pour le réglage des aiguilles. Il a des formes de ponts plus modernes que les mouvements présentés jusqu’à présent, et je le daterais donc autour de 1905. Bien que La Bisontine ait fabriqué des mouvements à ancre plus tôt, les mouvements à cylindre ont été utilisés pendant longtemps pour les montres pour dames.

Il existe également une grande version du type 4. Ici avec 18´´´ dans la variante Lépine :

La Bisontine type 4, échappement à cylindre, 18´´´, Lépine, remontage à tige avec poussoir, 10 rubis

 

Les mouvements Bisontine que j’ai rencontrés jusqu’à présent présentent quelques caractéristiques particulières :

  • Le couvercle du rochet et une forme spéciale du cliquet :
Rochet avec couvercle et cliquet
  • Les coqs de la roue de seconde et de la roue moyenne sont reliés entre eux et maintenus par une vis commune :

Seuls les types 1 à 3 des mouvements présentés ont ces coqs. Sur le type 4, la roue moyenne est située sous le pont de rouage.

Do the movements presented really come from La Bisontine? Doubts arose when I encountered the same movements in some pocket watches made by the Swiss manufacturer Mermod Frères! In some, but not all cases, these movements are of a higher quality than those of La Bisontine. The following picture shows such a movement, which was completed with a bearing jewel for the minute wheel in the centre, a cap jewel for the escape wheel and a swan-neck regulator.

Les mouvements présentés proviennent-ils vraiment de La Bisontine ? Le doute s’est installé lorsque j’ai rencontré les mêmes mouvements dans certaines montres de poche de la manufacture suisse Mermod Frères ! Dans certains cas, mais pas dans tous, ces mouvements sont d’une qualité supérieure à ceux de La Bisontine. L’image suivante montre un tel mouvement, qui était complété par un rubis pour la roue de centre, un Contre-pivot pour la roue d’ancre et un régulateur à col de cygne.

Mouvement de montre avec des poinçons de Mermod Frères (trompette et bouclier avec MF)

S’agit-il maintenant de mouvements français dans des montres suisses ou de mouvements suisses dans des montres françaises ? Eh bien, le monde horloger était assez ouvert entre la Suisse et la France à l’époque. Cependant, à mon avis, les points suivants plaident en faveur de la Bisontine pour la fabrication de ces mouvements :

  • L’activité principale de Mermod Frères était les boîtes à musique, et non les montres normales ou les mouvements de montres.
  • Mermod Frères a utilisé divers mouvements à cylindre et à ancre de différents modèles et fabricants, ce qui plaide plutôt contre une production propre de mouvements.
  • La Bisontine a construit différentes versions de la même forme de mouvement. Celles avec échappements à cylindre et à ancre ainsi qu’avec remontage à clé et à tige.
  • La Bisontine a définitivement fait ses propres mouvements (voir ci-dessus).
  • Les coûts de production étaient probablement moins élevés en France qu’en Suisse à l’époque. Pour La Bisontine, cela n’aurait pas entraîné un avantage à l’achat, mais pour Mermod Frères, si.
  • L’indice le plus important est toutefois un enregistrement d’un modèle de mouvement de montre, déposé en 1909 par un fils du fondateur de la Bisontine, Rannaz, dans la Feuille officielle suisse du commerce. Peut-être parce que ceux-ci ont été exportés en Suisse (également) après la fin de La Bisontine.
Enregistrement d’un modèle de mouvement dans la Feuille officielle suisse du commerce

Si vous en savez plus sur La Bisontine, ses montres ou ses mouvements ? Je serais très heureux de vous entendre !

 

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